REGLACALCUL.COM

LES PREMIERS FABRICANTS FRANÇAIS

La règle à calcul a mis beaucoup de temps à se diffuser en France. En effet, elle était très peu connue et relativement chère. Avant les années 1820, en France, il n’existait pratiquement aucun fabricant de règles à calcul. On trouve seulement quelques instruments qui semblent avoir été fabriqués à l’unité, par exemple la règle logarithmique de Sauveur (1700). Vers les années 1800-1810, l’arithmographe de Gattey est, en revanche, un vrai cercle à calcul destiné à faciliter la transition entre les anciennes mesures et le nouveau système métrique adopté par la Révolution française.
En 1829, la règle à calcul faisait partie du matériel exigé pour les élèves ingénieurs de l'École Centrale, mais il a fallu attendre 1851 pour que son usage soit rendu obligatoire au concours d'entrée à Polytechnique, qui formait alors la grande majorité des ingénieurs. D'après Lalanne, la production était de quelques centaines par an en 1840-50, 2000 en 1863 et environ 4000 en 1883. Ces fabricants construisaient également bien d'autres instruments scientifiques : théodolites, boussoles, sextants etc.
À titre indicatif, dans les années 1960-70, la production de chacune des plus grosses entreprises fabriquant des règles à calcul (Faber-Castell, Hemmi, Keuffel and Esser...) était d'environ 1 million d'exemplaires par an...

L'atelier de la maison H. Morin et Gensse, fabricants d'instruments scientifiques (gravure du catalogue de 1895)

Les Lenoir père et fils

Les premières règles ont été fabriquées dans l’atelier des Lenoir vers 1820-1825. Comme l’indique le catalogue (vers 1825-30), il s'en fabrique de deux types, 35 cm et 25 cm, certaines en ivoire, donc de grand luxe, ou en buis, plus abordables.


Les règles fabriquées par Lenoir en portent pas d’adresse, seulement la signature de Lenoir. À cette époque, l'adresse était 14 rue Cassette à Paris.
L'atelier des Lenoir ferme en 1827 à la mort du fils Paul-Etienne, comme en témoigne l’inventaire après décès où figurent des “instrumens d’ingénieur” pour 10437 francs que l’on ne retrouve pas au décès de son père en 1832.


Mabire

On ne connaît que très peu de chose au sujet de ce personnage. Il a repris l’atelier des Lenoir et la marque commerciale, à la même adresse, comme en témoigne l'annonce ci-dessous, extraite du manuel d'instructions de Mouzin de 1837.


Ce texte est ambigu, car il pourrait faire penser que c'est Mabire qui est ingénieur du roi. Il n'en est rien. Il a cédé son atelier à François-Fuscien Gravet en janvier 1839.

Gravet, puis Gravet-Lenoir

François-Fuscien Gravet (1812-1895), né à Metz, est le principal personnage de toute cette période. Le nom de Gravet apparaît dans le Bottin dès 1833, comme lunetier, puis en 1839 comme “fabricant d’instruments de mathématiques” au 14 rue Cassette. C’est donc bien à partir de cette date qu’il reprend l’atelier et la succession des Lenoir, dont il utilise toujours le nom commercial.

Il se fait rapidement connaître puisque, dès 1844, il reçoit une médaille de bronze à l’occasion de l’exposition des produits de l’industrie française pour un niveau à réflexion. Dans le rapport du jury, nous lisons : “Ses règles à calculer sont tellement en faveur aujourd’hui que nous croyons pouvoir nous dispenser d’en faire ici l’éloge”. C’est à lui que Mannheim confiera le soin de fabriquer le modèle de règle qu’il a inventé, pour lequel Gravet prendra un brevet le 25 novembre 1851 (n° 12732 en date du 23 janvier 1852). C’est dans ce brevet qu’il décrit la nouvelle disposition des échelles qui caractérise la règle Mannheim.

 


Dans ce brevet, il décrit aussi d'autres perfectionnements, en particulier une règle cylindrique inventée également par Mannheim.


 
voir le brevet
Le 28 mai 1852, le tribunal de commerce de Paris l’oblige à utiliser le nom commercial de Gravet Lenoir, suite à la plainte d’une concurrente qui s’appelait aussi Lenoir… Les règles signées à la fois Lenoir et Gravet-Lenoir sont donc nécessairement de cette période : elles ont été fabriquées avant ce jugement et vendues après. François Gravet est certainement un de ceux qui ont le plus contribué à la diffusion des règles à calcul en France à cette période.

Tavernier-Gravet

À partir de 1867, apparaît le nom de Tavernier-Gravet, à la même adresse. À quoi est dû ce changement de nom ? C’est une histoire de famille : Charles Tavernier (1826-1887), qui travaillait probablement chez Gravet, a épousé sa fille Léonide Gravet le 20 avril 1857.
voir l'acte de mariage
Le nom commercial devient alors Tavernier-Gravet, qui restera avec quelques variantes temporaires. Le tableau ci-dessous montre les différentes adresses jusqu’à la fin du XIXe siècle.


  

Ces différentes adresses permettent de dater assez facilement les règles de cette époque. La maison Tavernier-Gravet a quasiment le monopole des règles à calcul en France jusqu’à la fin du siècle. Ses instruments sont de très bonne facture, et elle reçoit trois médailles d’or lors des expositions universelles de Paris en 1878, 1889 et 1900.
Les règles à calcul deviennent de plus en plus demandées et des modèles variés voient le jour, pour la topographie, le cubage du bois, la navigation et bientôt l'électricité. Tavernier-Gravet exporte certains modèles en Grande-Bretagne, en Allemagne, aux USA.
La concurrence des règles allemandes se fera sentir à partir des dernières années, et elles prendront le dessus au XXe siècle, car elles sont produites de manière industrielle par de très grandes entreprises comme Faber-Castell.
La société Tavernier-Gravet produira jusqu'au milieu du XXe siècle. Il faudra cependant attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que la société Graphoplex produise des règles à calcul pouvant concurrencer les règles étrangères. Mais ceci est une autre histoire...

Quelques autres fabricants

Il a existé à cette époque plusieurs autres fabricants moins importants. Certains ont cependant réalisé des instruments intéressants, en particulier des règles circulaires, rappelant souvent la forme des montres à gousset de cette époque.
Citons en particulier G. Charpentier, dont le "calculimètre", entièrement en métal, forme le logo de la Oughtred Society. Certains ont d'ailleurs été fabriqués par Tavernier-Gravet. A. Boucher, du Havre, a aussi réalisé quelques règles circulaires ressemblant à des montres, dont certaines étaient exportées en Angleterre. Enfin il faut parler de Meyrat et Perdrizet, de Seloncourt dans le Doubs, dont la règle à calcul est souvent complétée par une montre au centre (à moins que ce ne soit l'inverse). Ces règles circulaires, relativement rares, sont souvent très recherchées par les collectionneurs.

Accueil